J'écoute en boucle Paganini et j'écris. J'écris même si je sais d'emblée que l'écriture est une vaine besogne. J'écris pour diluer dans la déliquescence des mots le noir de mon chagrin. J'écris la nuit. La nuit couvre ma honte et m'enveloppe du linceul de son silence dense comme la tombe couve le corps d'une vieille fille pucelle, morte avec tous ses désirs inavoués. Quand il m'arrivait d'écrire, je cherchais toujours à m'identifier aux marginaux, ces exilés dans l'âme qui parcourent les rues et sur qui le regard des passants glisse sans réellement les voir. Je sens toujours un lien qui me rattache à ces intouchables : Un jeune fou qui cherche quoi manger dans une benne à ordures. Une vieille femme, sans domicile fixe, qui gesticule dans le vide, insultant des passants aux regards absents. Je fais mienne l'extrême solitude d'une prostituée qui fait le guet dans le frimas qui déferle dans l'indifférence de la rue sans clients. Je regarde le monde à travers le regard fatigué d'une fillette de douze ans, qui vend des mouchoirs en papier dans le tohu-bohu d'un boulevard.
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