Il aurait pu faire basculer l’histoire, et pourtant, qui se souvient de Yahya U Ta’fuft ? Au XVIᵉ siècle, lorsque ce fier Berbère devient caïd de Safi dans des conditions douteuses, il inaugure un règne sans partage sur la région des Dukkala. Guerrier redoutable et invaincu pendant une décennie, c’est sous la protection des Portugais qu’il étend l’empire du roi Manuel Iᵉʳ jusqu’aux portes de Marrakech. Près de s’emparer de la ville hintati en 1517, celle-ci tombera finalement aux mains des Zaydanides, dynastie marocaine plus connue sous le nom de Saâdiens. La suite, on la connaît. Mais que serait-il advenu si Yahya U Ta’fuft avait atteint son but ? Et quel était-il, d’ailleurs ?
Dans ce siècle de famine et de peste qui décimaient les populations, le Maroc était écartelé entre trois puissances de forces inégales : au nord, une dynastie wattasside mourante ; au sud, une dynastie saâdienne balbutiante ; et dans les Dukkala, un empire portugais disposant d’une puissance de feu écrasante. La ville de Safi connut des heures fastes sous le caïdat de Yahya U Ta’fuft, épargnée un temps par la faim et les violences tribales. Le roi Manuel Iᵉʳ du Portugal ne jurait d’ailleurs que par ses qualités humaines et guerrières pour protéger la région et ses intérêts.
Qualifié de Judas par certains historiens pour son allégeance à la couronne portugaise, le jeune Berbère avait-il pour autant le choix ? Ce roman raconte la saga d’une grande figure historique méconnue et, à travers elle, la vie incroyablement cruelle d’une population prête à tout pour survivre face à l’adversité.
Anas Chraibi est un Casablancais passionné par l’histoire de son pays. Ce premier roman, qui est aussi une tentative de mise en lumière d’un personnage historique, fait partie d’une trilogie ayant pour scène le Maroc et sa société dans ce XVIᵉ siècle flamboyant.