Préface de l'auteur Vincent Lahouze
Il existe des livres qui ne se contentent pas de raconter une histoire. Des livres qui ne cherchent ni la douceur, ni l’ornement, ni l’illusion. Ils avancent avec la lucidité de celles et ceux qui ont connu la nuit, l’angoisse, la foi, l’amour, la solitude et la renaissance. Le texte de Zineb appartient à cette famille-là. La famille des livres qui ne
trichent pas. Dès les premières pages, on comprend qu’on n’est pas en train de lire un simple
témoignage de maternité. On est en train d’entrer dans un champ de bataille
émotionnel, spirituel, intime. Un lieu où chaque contraction devient un verset,
chaque prière un tremplin, chaque larme une vérité. Zineb n’écrit pas pour
rassurer, elle écrit pour survivre. Pour comprendre. Pour nommer ce qui d’habitude s’étouffe dans le silence. Et surtout, elle écrit pour tendre la main à celles qui n’osent plus parler, à celles qui ont été
infantilisées, humiliées, jugées, ou simplement abandonnées dans les couloirs
trop blancs d’un système qui oublie parfois que donner la vie, c’est d’abord la
vivre. Dans ce livre, la maternité est une traversée. Avec ses gouffres, ses sursauts, ses prières, ses colères, ses
vertiges. Avec son humour aussi, ce souffle salvateur qui éclaire des scènes
qu’on lit le cœur serré. Avec une foi lumineuse, qui n’impose rien mais porte
tout. Avec une dignité farouche, comme une flamme tenue dans le vent. Zineb
raconte l’arrivée de son fils comme on raconte la fin d’un monde et le début
d’un autre. Elle raconte l’errance médicale, les mots secs qui blessent, les gestes
brusques qui humilient, mais aussi les anges anonymes, ceux qui massent une
nuque, ceux qui posent une main, ceux qui disent juste ce qu’il faut pour tenir
encore un peu. Elle raconte surtout la vérité d’une femme qui refuse qu’on
décide pour elle. Qui refuse l’effacement. Qui refuse de se laisser déposséder de
son propre corps, de son accouchement, de son instinct. Et rien que cela, déjà,
est politique. Mais ce livre n’est pas que colère. Il déborde d’amour. D’un amour presque
sauvage, presque sacré. Un amour qui s’enracine dans le ventre, dans la foi, dans
la continuité d’un monde où la maternité est à la fois miracle et épreuve. Il y a,
dans ces pages, des images qui resteront longtemps en vous, la chambre
aseptisée réchauffée par les siens, la foi en bandoulière comme un fil d’or, le bloc opératoire décrit comme un autre univers, la première rencontre sans les yeux mais avec la peau, la peur qui rôde dans les premières nuits, et cette phrase
qui dit si bien l’essentiel :
“On ne peut pas créer un être humain qu’on ne peut pas mettre au monde.”
Ce livre est un miroir. Pour les mères. Pour celles qui le deviendront. Pour celles
qui ne le seront jamais mais qui veulent comprendre. Pour celles qui ont été
blessées et n’ont jamais trouvé les mots. Pour celles qui ont pleuré en silence
entre deux respirations, deux obligations, deux illusions.
À toutes celles-là, Zineb offre un refuge. Et une vérité : On peut être forte et
fragile. On peut aimer et douter. On peut accoucher en étant guerrière et renaître
en étant vulnérable. On peut se perdre et se retrouver. On peut tenir debout
même lorsqu’on tremble.
Ce livre ne vous mentira pas. Il ne vous flattera pas. Il ne vous dira pas que la
maternité est facile ou magique. Il vous dira quelque chose de plus précieux
encore, qu’elle est réelle, qu’elle est humaine, qu’elle est sacrée dans son chaos.
Qu’elle mérite qu’on la raconte autrement.
Merci, Zineb, d’avoir écrit ce texte sans filtre. Merci d’avoir rappelé
que la maternité est un territoire où l’on peut prier, rire, crier, aimer et tomber,
tout ça dans la même minute.
Lectrice, lecteur, tu tiens entre tes mains un livre qui ne fait pas semblant. Un livre qui serre le cœur mais qui l’ouvre ensuite. Un livre qui dit vrai.
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